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CHILD❊LIGHT

Voyage en terre d'enfance humaine

Interview : Michel Odent

Ce texte est une reprise de l’article de Marie-Hélène Lahaye sur son blog, en date de septembre 2014, intitulé Marie accouche là, sur le site LeMonde.fr.

“Il y a partout un condi­tion­ne­ment cultu­rel, une socia­li­sa­tion de l’accouchement, qui se tra­duisent par une volonté de domi­na­tion de la nature et de contrôle du corps des femmes”.

Michel ODENT est un chirurgien et obstétricien, auteur d’un grand nombre d’articles scientifiques et d’ouvrages liés à la naissance. Il a tout au long de sa carrière questionné les conditions d’accouchement et d’accueil du nouveau-né. Unanimement reconnu pour sa rigueur scientifique, il est aujourd’hui devenu une référence incontournable dans les milieux de la naissance respectée.

Pouvez-vous raconter votre parcours en quelques mots ?

Je suis devenu gynécologue par accident. Chirurgien de formation, j’ai commencé à exercer ma profession dans les années 50, à l’époque où la technique de la césarienne s’est considérablement développée. A ce moment-là, les gynécologues n’avaient pas de formation en chirurgie et étaient tributaires des chirurgiens pour effectuer cette opération. J’ai commencé à pratiquer des césariennes lorsque j’étais médecin interne. En 1958, j’ai effectué mon service militaire en Algérie où j’ai également réalisé des césariennes parmi les nombreuses situations d’urgence auxquelles j’ai été confronté.

En 1962, j’ai intégré, toujours comme chirurgien, l’hôpital de Pithiviers qui comportait une petite maternité. Comme il n’y avait pas de médecin attaché à celle-ci, j’y effectuais les césariennes et j’y ai fini par diriger l’équipe des sages-femmes. Je me suis alors intéressé à l’effet inhibiteur de l’environnement hospitalier sur les accouchements, ce qui nous a amené à réaménager les salles pour les rendre plus conviviales. Nous les avons transformées en pièces d’une maison, puis nous avons introduit un piano, jusqu’à aboutir à la possibilité d’accoucher dans l’eau. En très peu de temps, nous sommes passés de 200 à 1000 accouchements par an.

Après ma carrière hospitalière, j’ai fondé à Londres le Primal Health Research Centre, un centre de recherche qui étudie les corrélations entre la période primale (de la conception à la première année de vie) et la santé ultérieure ainsi que la personnalité future des personnes. En parallèle, j’ai été impliqué dans l’accompagnement des accouchements à domicile.

Comment s’est déroulée la découverte de l’accouchement dans l’eau ?

Au départ, je cherchais un moyen de diminuer l’utilisation de médicaments pour lutter contre la douleur. Connaissant les propriétés bénéfiques et relaxantes de l’eau, j’ai eu l’idée d’installer une piscine de jardin gonflable dans la salle d’accouchement à la maternité de Pithiviers. Détendues, les parturientes voyaient chuter leur taux d’adrénaline et donc augmenter leur taux d’ocytocine, cette « hormone de l’amour » indispensable à l’accouchement. Non seulement les douleurs des contractions diminuaient, mais en plus la naissance était facilitée.

En 1983, le journal médical The Lancet a publié le premier article sur l’utilisation des piscines d’accouchement basé sur mes observations et résultats. Les journalistes s’en sont emparés et ont diffusé cette information dans le monde entier. Des femmes ont alors afflué de toute la France, des pays voisins et même des États-Unis pour accoucher à la maternité de Pithiviers.

Accoucher dans l’eau est devenu un projet de naissance pour certaines futures mères, mais au départ il ne s’agissait que d’une méthode permettant de réduire le recours aux médicaments.

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